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Témoignages : Allaitement maternel et travail


Toute mère allaitante qui arrive au terme de son congé de maternité et qui en parle à son médecin se verra souvent indiqué immédiatement un plan de sevrage. Au mieux, il lui sera demandé de passer en mixte en conservant éventuellement les tétées du matin et du soir, sans préciser, bien souvent par ignorance, que diminuer le nombre de tétées trop tôt implique un sevrage à court terme.

Il y a pourtant d'autres solutions. Dans le dossier Allaitement et travail, je vous indique la règlementation du code du travail dans ce domaine. Dans cette rubrique, je souhaite que les mamans fassent partager leur propre expérience, comment s'est passé la reprise du travail pour elle, leur bébé, et leur allaitement.

Et, pour commencer, ma propre expérience:

Nathan est né début juillet, j'ai donc prolongé mon congé maternité par 3 semaines de congés payés auxquelles mon médecin a ajouté 2 semaines d'arrêt maladie. J'ai donc repris le travail à plein temps alors que Nathan avait 3 mois et demi. J'ai acheté le tire-lait manuel à piston de Medela (distribué par Beaba) et j'ai commencé à m'entrainer. La première fois, j'ai tiré... 3 gouttes! La deuxième 30 ml puis 80. Comme je trouvais cela fatigant, j'ai demandé à mon médecin une ordonnance pour louer un tire-lait électrique. J'ai consulté le site de Medela pour trouver une adresse et j'ai loué le Lactina Electric Plus simple pompage.

Nathan devait aller en crèche et comme j'étais déjà contente que mon lait y soit accepté (j'ai même pu l'allaiter sur place pendant la semaine d'adaptation), je n'ai pas voulu leur imposer une autre originalité alors j'ai pris le risque d'utiliser des biberons. En principe, il est conseillé de faire donner le biberon par quelqu'un d'autre que la maman mais je n'avais personne de disponible alors j'ai dû apprendre moi-même à Nathan à boire avec. La première fois, il l'a pris et a hurlé, j'ai alors changé de tétine pour une physiologique (les tétines "cerise" classiques sont trop longues) et j'ai réessayé après quelques jours. Je lui ai présenté le biberon sans insister s'il pleurait, après la tétée et en le laissant jouer avec la tétine. Comme du lait (mon lait) s'écoulait chaque fois dans sa bouche, il a fini par comprendre que ce drôle de truc servait à manger. Au bout de 3 ou 4 essais, il a bu un peu alors, le lendemain, je lui ai proposé avant la tétée, il l'a accepté et je lui ai redonné la tétée ensuite. Je ne lui ai plus jamais donné de biberon dans ma vie.

Nathan est passé de lui-même à 4 tétées par jour vers 3 mois, ce qui est assez rare chez un bébé allaité. J'ai réclamé à mon employeur l'heure pour allaitement prévue par le code du travail (des détails ici), et l'ai divisée en deux demi-heures placées vers midi et 16h, c'est-à-dire les heures de tétées habituelles de Nathan. Sur mon lieu de travail, j'ai eu la chance de pouvoir utiliser une sorte de cuisine, une pièce avec un évier et un frigo, qui n'est jamais utilisée et ferme par un digicode. L'intendant n'a nullement été choqué quand je lui ai expliqué pourquoi je voulais y accéder : sa femme a allaité leur fille plus de 2 ans!

Le soir, je mettais les biberons tirés du jour dans une petite sacoche isotherme, les remettais au frigo une fois à la maison, et les apportais à la crèche le lendemain matin. Nathan buvait environ 220 à 240 ml de lait à midi et entre 150 et 180 ml au gouter. Parfois, je tirais davantage (mon record est de 330 ml à midi) et je congelais le surplus le soir même dans des sachets Avent. Parfois, je tirais moins (surtout quand j'avais mal dormi à cause de ses maladies ou poussées dentaires ou quand j'étais malade moi-même) et je complétais alors avec du lait congelé.

Avant ma reprise, Nathan ne tétait que très rarement entre la tétée de 16h et celle du coucher vers 21h mais quand j'ai repris le travail, j'ai ajouté une tétée-retrouvaille à notre retour à la maison. Nous avons introduit les solides vers 6 mois et demi mais Nathan a continué longtemps à boire beaucoup de lait, j'ai donc continué mes séances de tirage au boulot.

Vers les 10 mois de Nathan, comme il diminuait enfin sa consommation de lait, j'ai supprimé un tirage puis, vers 11 mois, j'ai cessé de tirer, utilisant mes réserves de lait congelé pour son goûter. Les vacances d'été sont arrivées, j'ai achevé mes réserves de lait dans des purées et j'ai rangé définitivement les biberons au grenier!

Au final, Nathan a donc pu être allaité exclusivement pendant ses 6 premiers mois, ce qui était très important pour moi, en particulier à cause des antécédents familiaux d'allergies. Ensuite, j'étais heureuse qu'un peu de moi soit avec mon fils pendant notre longue séparation de la journée, grâce à mon lait. De plus, ces pauses allaitement étaient de vraies pauses détente dans ma journée de travail. Bref, même si ça n'a pas toujours été facile, je ne regrette absolument pas cette expérience et le referai sans hésiter.





Voici le témoignage d'Isabelle qui exerce un métier comportant des rythmes de travail très particulier :

"Je suis maman d'une petite fille de 3 ans, toujours allaitée et pas de fin de l'allaitement en vue. J'ai repris le travail à 75% à l’âge de 7 mois et demi de ma fille. Je suis Personnel Navigant Commercial sur Longs Courriers et je m'absente 10/12 jours par mois, généralement 3-5 jours d’affilée, et ceci 2-3 fois/mois de chez moi.

L'allaitement nous permet à, ma fille et moi, de retrouver aussitôt après ma rentrée la même relation charnelle qu'avant mon départ.

Avec mon fils, sevré à l’âge de 7 mois au moment de la reprise de travail, c’était différent. J'avais quelques connaissances sur l'allaitement mais pas assez pour pouvoir imaginer que ce serait possible de continuer de l'allaiter tout en travaillant dans de telles conditions.

Mon fils mettait au moins quelques heures pour m'accepter après plusieurs jours d'absence. J’étais devenue une étrangère en quelque sorte. Je l'avais très mal vécu, culpabilisais à mort et n'avais plus envie de revivre la même chose avec ma fille tout en étant contrainte de reprendre le travail aussi tôt.

Je savais que je voulais l'allaiter et j'aurais bien voulu l'allaiter pendant les 2 ans recommandés.

Pendant mes derniers mois de grossesse je lisais tout ce que je pouvais sur l'allaitement. Sur Internet, je trouvais les sites de LLL, ADJ+ et IPA, sans parler des sites étrangers. IPA avait une liste de discussion : lactaliste (désormais gérée par LLL). C'est là que j'ai pour la première fois trouvé des conseils pour concilier allaitement et reprise de travail, même dans des conditions extrêmes, notamment les délais de conservation du lait maternel.

A la naissance de ma fille je savais que je voulais tenter l’expérience de ne pas la sevrer pour la reprise.
Je commençais à tirer mon lait très tôt et à le stocker au congélateur. Ceci n’était pas très facile car j'ai toujours eu juste le lait qu'il fallait pour mes enfants et pas une goutte de trop. Je connais les coussinets pour en avoir entendu parler, je n’en ai jamais utilisé. Pourtant, à ma reprise, je disposais de 18 litres de lait maternel congelé, en sacs de glaçons de 1 L de lait portionnables!

Je commençais à habituer ma fille à prendre mon lait autrement qu'au sein a l’âge de 4 mois, chose plutôt difficile. A cette première tentative, elle ne voulait rien savoir, c’était le sein sinon rien !

Elle a mis plusieurs mois avant de bien accepter mon lait dans une tasse, le biberon étant proscrit pour le danger de confusion sein/tétine. Par désespoir, j’essayais le bib à tétine 2 fois et elle a eu 2 confusions. La première à 4 mois et la deuxième à 7 mois. A chaque fois elle tétait mal tout de suite après et il me fallait une semaine de rééducation. Comme quoi ce n'est pas que des tous petits bébés qui font une confusion.

C'est la softcup de chez Medela qui a marché pour nous, mais après x tentatives. Ensuite, on a pu passer aux tasses à bec facilement.

J'ai même commencé à introduire des solides juste avant de partir la toute première fois pour plusieurs jours. J’étais moins désespérée car elle acceptait les solides en petite quantité.

Elle acceptait finalement de boire mon lait autrement qu'au sein pendant ma première absence de plusieurs jours. C’était assez dur à vivre de devoir partir et d’ignorer si ma fille allait enfin se nourrir correctement. Elle prenait ridiculement peu de mon lait au début pour en accepter des quantités plus importantes très progressivement. Pourtant elle mettait 6 semaines pour se nourrir correctement pendant mes absences.

Au travail, je tirais mon lait dans les toilettes de l'avion et dans les hôtels à peu près au rythme des tétées. Souvent c’était impossible de tirer le lait pendant 8 heures mais avec la fatigue du travail de nuit et la moindre stimulation mes seins s'adaptaient vite. Au fur et à mesure que l'absence se prolongeait, moins j'avais de lait.
J'avais un tire-lait Avent ISIS, manuel, et si j'avais à refaire la même chose j'opterais plutôt pour un tire-lait a double pompage style Ameda ou Lactina car c’était quand même galère et il fallait de l'huile de coude avec le manuel !

Ma lactation rentrait en ordre en 1-2 jours a la maison avec les tétées à volonté. J'avais généralement une semaine à la maison avant de repartir pour quelques jours. Sinon une petite cure de fenugrec faisait des merveilles pour remettre la machine en route.

Je conservais mon lait sur glaçons dans une glacière et au frigo, pendant 6 jours maximum, je n’en ai jamais jeté une goutte. Quand je rentrais à la maison je le congelais. Ma fille le consommait pendant l'absence suivante.

Ma fille, tout en fréquentant une crèche, n'est pratiquement jamais malade, cas assez exceptionnel. Le personnel de la crèche et moi, nous pensons qu'il y a quand même un rapport entre l'allaitement et sa santé à toute épreuve.

D'ailleurs, l'adaptation en crèche ne posait aucun problème à part celui d'acceptation de nourriture.

Quand je reviens d'un vol, ma fille se jette littéralement sur moi, mais depuis toujours, elle vit très bien les séparations au moins en apparence. Peut-être l'allaitement y est pour quelque chose ?

J’aimerais par mon témoignage encourager d'autres mamans à continuer d'allaiter tout en travaillant, c'est vraiment faisable. C'est déjà tellement dur de devoir reprendre le boulot si en plus il faut sevrer ça fait vraiment coupure. On en profite toutes les deux tellement de la continuation de l'allaitement."





Voici quelques liens avec d'autres témoignages :
Ecofamille
Allaitement de jumeaux et +

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