Paru dans Marianne N° 616 (fév. 2009), page 60.
Le dossier pénal de la vache folle vient de faire un grand pas. Marie-Odile Bertella-Geffroy, la juge d’instruction en charge des plaintes des familles de victimes de la variante humaine de l’encéphalopathie spongiforme bovine, a reçu un épais rapport signé d’un expert, le Dr Jean-Louis Thillier, envoyé aussitôt aux parties civiles. Marianne a pu le consulter, il est explosif.
Pour la première fois, une expertise judiciaire établit une relation entre la consommation d’aliments et la contamination par le prion transmetteur de la maladie. De quoi inquiéter les parents…
1. L’expert confirme que seuls les enfants peuvent être contaminés, en raison de l’apparition seulement à l’adolescence d’une capacité de l’intestin à se débarrasser des toxiques.
2. Quatre catégories d’aliments clairement identifiées constitueraient la source de contamination de 1992 à 1997 :
-les petits pots pour bébés qui contenaient de la cervelle de bovin ou d’agneau (alors que l’OMS avait établi une liste de matériaux à risque à proscrire dont la cervelle faisait partie);
-les hamburgers (pour rendre la viande plus onctueuse on y incorporait de la cervelle);
-enfin, les pâtés et les saucisses préparés à partir de viandes arrachées le long de la colonne vertébrale.
3. Le lait maternisé aurait présenté les mêmes risques durant la même période.
Le rapport précise que la dose minimale de contamination est de 5 g de matière à risque, essentiellement la cervelle. Les preuves matérialisées par des publications scientifiques concordantes sont si troublantes qu’on se demande pourquoi les pouvoirs publics ont tant tardé à mettre en œuvre des mesures de prudence. La réponse figure dans le rapport d’expertise.
Tout au long des années 80, des travaux ont été menées qui permettaient de lutter contre la propagation de la maladie. Leurs résultats ont été publiés : sur la vraie nature de l’agent de transmission de la maladie, sur le caractère dangereux de certaines parties de l’animal (la cervelle, les yeux, les nerfs proches de la colonne vertébrale à l’exception notable du muscle chez le bovin, le lait et le muscle chez les ovins et caprins), sur la responsabilité des procédés de transformation des carcasses d’animaux en farine et en graisses, sur le risque porté par les graisses entrant dans la composition des laits artificiels donnés aux jeunes animaux. Or, il a fallu une vingtaine d’années pour que la France, en 2001, mette en œuvre la totalité des mesures de précaution. « Dès 1991, L’Oréal n’utilise plus dans ses nouvelles formules les produits dérivés d’organes et de tissu que l’OMS décrit quelques mois plus tard comme pouvant présenter le plus haut risque », écrit l’expert. En clair, les professionnels soucieux de ne prendre aucun risque et de ne pas mettre leur responsabilité en jeu ont cherché à savoir… et on trouvé. Pourquoi les responsable français ont-ils tant attendu? « Pour ne pas détériorer l’image sanitaire du pays, pour éviter l’affolement. Et sur pression du ministère de l’Agriculture à laquelle le ministère de Santé est soumis », poursuit le Dr Thillier, citant un rapport sénatorial. Enfin, ultime révélation, le nombre de bovins contaminés en France aurait été volontairement sous-estimé de 1987 à 1997. C’est ainsi que de 2000 à 6000 bovins contaminé au stade clinique sont entrés dans la chaîne alimentaire avant juillet 1996. Heureusement que le muscle des bovins ne transmet pas la maladie. Sinon, la catastrophe sanitaire était au bout des négligences.
Le dossier pénal de la vache folle vient de faire un grand pas. Marie-Odile Bertella-Geffroy, la juge d’instruction en charge des plaintes des familles de victimes de la variante humaine de l’encéphalopathie spongiforme bovine, a reçu un épais rapport signé d’un expert, le Dr Jean-Louis Thillier, envoyé aussitôt aux parties civiles. Marianne a pu le consulter, il est explosif.
Pour la première fois, une expertise judiciaire établit une relation entre la consommation d’aliments et la contamination par le prion transmetteur de la maladie. De quoi inquiéter les parents…
1. L’expert confirme que seuls les enfants peuvent être contaminés, en raison de l’apparition seulement à l’adolescence d’une capacité de l’intestin à se débarrasser des toxiques.
2. Quatre catégories d’aliments clairement identifiées constitueraient la source de contamination de 1992 à 1997 :
-les petits pots pour bébés qui contenaient de la cervelle de bovin ou d’agneau (alors que l’OMS avait établi une liste de matériaux à risque à proscrire dont la cervelle faisait partie);
-les hamburgers (pour rendre la viande plus onctueuse on y incorporait de la cervelle);
-enfin, les pâtés et les saucisses préparés à partir de viandes arrachées le long de la colonne vertébrale.
3. Le lait maternisé aurait présenté les mêmes risques durant la même période.
Le rapport précise que la dose minimale de contamination est de 5 g de matière à risque, essentiellement la cervelle. Les preuves matérialisées par des publications scientifiques concordantes sont si troublantes qu’on se demande pourquoi les pouvoirs publics ont tant tardé à mettre en œuvre des mesures de prudence. La réponse figure dans le rapport d’expertise.
Tout au long des années 80, des travaux ont été menées qui permettaient de lutter contre la propagation de la maladie. Leurs résultats ont été publiés : sur la vraie nature de l’agent de transmission de la maladie, sur le caractère dangereux de certaines parties de l’animal (la cervelle, les yeux, les nerfs proches de la colonne vertébrale à l’exception notable du muscle chez le bovin, le lait et le muscle chez les ovins et caprins), sur la responsabilité des procédés de transformation des carcasses d’animaux en farine et en graisses, sur le risque porté par les graisses entrant dans la composition des laits artificiels donnés aux jeunes animaux. Or, il a fallu une vingtaine d’années pour que la France, en 2001, mette en œuvre la totalité des mesures de précaution. « Dès 1991, L’Oréal n’utilise plus dans ses nouvelles formules les produits dérivés d’organes et de tissu que l’OMS décrit quelques mois plus tard comme pouvant présenter le plus haut risque », écrit l’expert. En clair, les professionnels soucieux de ne prendre aucun risque et de ne pas mettre leur responsabilité en jeu ont cherché à savoir… et on trouvé. Pourquoi les responsable français ont-ils tant attendu? « Pour ne pas détériorer l’image sanitaire du pays, pour éviter l’affolement. Et sur pression du ministère de l’Agriculture à laquelle le ministère de Santé est soumis », poursuit le Dr Thillier, citant un rapport sénatorial. Enfin, ultime révélation, le nombre de bovins contaminés en France aurait été volontairement sous-estimé de 1987 à 1997. C’est ainsi que de 2000 à 6000 bovins contaminé au stade clinique sont entrés dans la chaîne alimentaire avant juillet 1996. Heureusement que le muscle des bovins ne transmet pas la maladie. Sinon, la catastrophe sanitaire était au bout des négligences.
Shadow - Le: 15/02/09 - Poster commentaire



