La jeune femme prend la parole, sans quitter la main de son conjoint : "Lors de mon premier accouchement, je n'avais pas été bien préparée, raconte-t-elle devant une vingtaine de couples, réunis ce soir d'octobre par le Groupe naissances. Je suis arrivée trop tard à la maternité, et rien ne s'est passé comme prévu. On m'a fait une anesthésie locale et je n'ai plus rien senti. Quelque part, j'ai eu l'impression de ne pas avoir vécu réellement mon accouchement, qu'on me le volait." Dans la salle, nombre de femmes acquiescent : elles aussi sont en quête d'une démarche moins médicalisée pour l'arrivée de leur bébé.
Pour sa réunion d'information du mois, à la clinique Léonard-de- Vinci (à Paris, dans le 11e arrondissement), le Groupe naissances a encore fait le plein. Constituée il y a trois ans, cette association de professionnels de la naissance (sages-femmes, obstétriciens, anesthésistes, psychologues) propose un accompagnement individualisé, du début de la grossesse jusqu'après l'accouchement. Ce "suivi global" part du principe que la naissance est un processus physiologique, naturel, sur lequel il convient d'interférer le moins possible. "Nous considérons que cette histoire vous appartient, résume Francine Dauphin, sage-femme, devant les futurs parents. Nous sommes ici pour vous accompagner dans la naissance, non pour vous faire accoucher. Nous disposons du plateau technique nécessaire, mais, si tout se passe bien, nous n'intervenons pas."
Initiative encore unique dans le secteur libéral, le Groupe naissances s'est constitué en réaction à la technicisation croissante de la grossesse en France. Ces professionnels, qui ont tous travaillé dans des maternités de grande taille, publiques ou privées, veulent réagir face à ce qu'ils perçoivent comme "une robotisation et un hyper-contrôle" : ils déplorent des accouchements de plus en plus déclenchés, des épisiotomies trop systématiques, un recours fréquent à la césarienne. "Quand la technique est arrivée dans les années 1970 et 1980, il y a eu un engouement tel qu'on s'en est tous saisis sans plus de distance, explique Nathan Wrobel, gynécologue-obstétricien. Mais, à force de fascination, c'est comme si la technique avait pris le dessus sur nos pratiques. Aujourd'hui, il y a un mouvement de remise en cause."
De fait, de plus en plus de femmes réclament autre chose, comme en témoignent la réémergence de l'accouchement à domicile et l'intérêt grandissant pour l'allaitement ou le portage des bébés. Pour sa première grossesse, Marion Mulliez a été séduite par le suivi global proposé par le Groupe naissances : c'est Francine Dauphin qui la suit depuis ses premières consultations et qui l'aidera à accoucher.
"Ce qui m'a plu dans l'approche globale, c'est le fait de pouvoir appeler sa sage-femme à n'importe quelle heure s'il le faut, explique Marion. Et connaître la personne qui nous accouche, c'est totalement différent, on se sent en confiance." A quelques jours de la naissance de son bébé, elle dit "ne pas avoir peur" de l'accouchement. "J'ai très envie de me passer de péridurale (anesthésie locale). Et avec la possibilité de bouger, en étant accompagnée, je m'en sens capable."
Outre le suivi médical, les consultations de grossesse sont consacrées à rassurer les futures mamans sur leur capacité à mettre au monde un enfant. "Le parti pris du Groupe naissances, c'est qu'on fait confiance à la femme, explique Mme Dauphin. Aujourd'hui, la plupart d'entre elles pensent qu'elles ne sont pas capables d'accoucher. Par l'accompagnement, la présence à leurs côtés dès le début du travail et jusqu'à la naissance, nous leur démontrons le contraire."
"Le Groupe naissances fonctionne comme une enveloppe rassurante pour les femmes, dans laquelle elles ont la liberté de prendre le temps d'élaborer cette future naissance, d'accoucher lentement si nécessaire, explique Geneviève Wrobel, psychologue et psychanalyste. Il n'y a pas, comme dans les autres structures, cette dimension de faire l'accouchement."
Pas question pour autant de minimiser les questions de sécurité : pour les accouchements, le Groupe naissances bénéficie du plateau technique de la clinique Léonard-de-Vinci. "On explique aux couples que, malgré leur désir d'une naissance naturelle, l'accouchement peut ne pas se passer comme ils l'avaient imaginé, rassure Mme Dauphin. Il y a toujours un obstétricien présent et, en cas de besoin, nous accomplissons tous les gestes techniques nécessaires."
Respectueuse du rythme de chaque femme et de la manière dont les couples souhaitent accueillir leur enfant, la prise en charge du Groupe naissances a un coût. Aux 312,7 euros remboursés par l'assurance-maladie pour un accouchement, chaque couple est amené à débourser environ un millier d'euros en paiement des honoraires des professionnels.
Le Groupe naissances est conscient que ses tarifs ne permettent pas à toutes les bourses de pouvoir accéder à ce service. "Ce que l'on constate cependant, c'est que les couples qui font appel à nous ne sont pas tous issus des classes supérieures, loin s'en faut, explique Mme Wrobel. Même avec des revenus modestes, beaucoup de couples sont prêts à faire l'effort financier. Pour eux, une naissance respectueuse de leur rythme, ça n'a pas de prix."
Cécile Prieur
Source : Le Monde
Pour sa réunion d'information du mois, à la clinique Léonard-de- Vinci (à Paris, dans le 11e arrondissement), le Groupe naissances a encore fait le plein. Constituée il y a trois ans, cette association de professionnels de la naissance (sages-femmes, obstétriciens, anesthésistes, psychologues) propose un accompagnement individualisé, du début de la grossesse jusqu'après l'accouchement. Ce "suivi global" part du principe que la naissance est un processus physiologique, naturel, sur lequel il convient d'interférer le moins possible. "Nous considérons que cette histoire vous appartient, résume Francine Dauphin, sage-femme, devant les futurs parents. Nous sommes ici pour vous accompagner dans la naissance, non pour vous faire accoucher. Nous disposons du plateau technique nécessaire, mais, si tout se passe bien, nous n'intervenons pas."
Initiative encore unique dans le secteur libéral, le Groupe naissances s'est constitué en réaction à la technicisation croissante de la grossesse en France. Ces professionnels, qui ont tous travaillé dans des maternités de grande taille, publiques ou privées, veulent réagir face à ce qu'ils perçoivent comme "une robotisation et un hyper-contrôle" : ils déplorent des accouchements de plus en plus déclenchés, des épisiotomies trop systématiques, un recours fréquent à la césarienne. "Quand la technique est arrivée dans les années 1970 et 1980, il y a eu un engouement tel qu'on s'en est tous saisis sans plus de distance, explique Nathan Wrobel, gynécologue-obstétricien. Mais, à force de fascination, c'est comme si la technique avait pris le dessus sur nos pratiques. Aujourd'hui, il y a un mouvement de remise en cause."
De fait, de plus en plus de femmes réclament autre chose, comme en témoignent la réémergence de l'accouchement à domicile et l'intérêt grandissant pour l'allaitement ou le portage des bébés. Pour sa première grossesse, Marion Mulliez a été séduite par le suivi global proposé par le Groupe naissances : c'est Francine Dauphin qui la suit depuis ses premières consultations et qui l'aidera à accoucher.
"Ce qui m'a plu dans l'approche globale, c'est le fait de pouvoir appeler sa sage-femme à n'importe quelle heure s'il le faut, explique Marion. Et connaître la personne qui nous accouche, c'est totalement différent, on se sent en confiance." A quelques jours de la naissance de son bébé, elle dit "ne pas avoir peur" de l'accouchement. "J'ai très envie de me passer de péridurale (anesthésie locale). Et avec la possibilité de bouger, en étant accompagnée, je m'en sens capable."
Outre le suivi médical, les consultations de grossesse sont consacrées à rassurer les futures mamans sur leur capacité à mettre au monde un enfant. "Le parti pris du Groupe naissances, c'est qu'on fait confiance à la femme, explique Mme Dauphin. Aujourd'hui, la plupart d'entre elles pensent qu'elles ne sont pas capables d'accoucher. Par l'accompagnement, la présence à leurs côtés dès le début du travail et jusqu'à la naissance, nous leur démontrons le contraire."
"Le Groupe naissances fonctionne comme une enveloppe rassurante pour les femmes, dans laquelle elles ont la liberté de prendre le temps d'élaborer cette future naissance, d'accoucher lentement si nécessaire, explique Geneviève Wrobel, psychologue et psychanalyste. Il n'y a pas, comme dans les autres structures, cette dimension de faire l'accouchement."
Pas question pour autant de minimiser les questions de sécurité : pour les accouchements, le Groupe naissances bénéficie du plateau technique de la clinique Léonard-de-Vinci. "On explique aux couples que, malgré leur désir d'une naissance naturelle, l'accouchement peut ne pas se passer comme ils l'avaient imaginé, rassure Mme Dauphin. Il y a toujours un obstétricien présent et, en cas de besoin, nous accomplissons tous les gestes techniques nécessaires."
Respectueuse du rythme de chaque femme et de la manière dont les couples souhaitent accueillir leur enfant, la prise en charge du Groupe naissances a un coût. Aux 312,7 euros remboursés par l'assurance-maladie pour un accouchement, chaque couple est amené à débourser environ un millier d'euros en paiement des honoraires des professionnels.
Le Groupe naissances est conscient que ses tarifs ne permettent pas à toutes les bourses de pouvoir accéder à ce service. "Ce que l'on constate cependant, c'est que les couples qui font appel à nous ne sont pas tous issus des classes supérieures, loin s'en faut, explique Mme Wrobel. Même avec des revenus modestes, beaucoup de couples sont prêts à faire l'effort financier. Pour eux, une naissance respectueuse de leur rythme, ça n'a pas de prix."
Cécile Prieur
Source : Le Monde
Shadow - Le: 23/11/08 - Poster commentaire



